mardi 7 décembre 2010

Style aseptisé, bonjour

J'avale ma salive. Le mail de la directrice de la publication me signale une remarque sur mon style rédactionnel. J'ai envie de pleurer, de rire et de crier en même temps. En même pas 12 jours, j'ai corrigé, réécrit plus de 98 pages pour un 'magazine haut de gamme'. Sous-entendez, un magazine où on ménage les publicitaires de toute critique éventuelle. On veut de grandes belles phrases, le genre de trucs qui te donnent plus envie de refermer ton magazine que de le laisser sur une étagère à prendre la poussière pendant des lustres.

Pourtant, j'ai tenté de lui expliquer l'importance d'avoir du contenu différent, de pointer une ligne éditoriale sensiblement différente de ce qu'on peut lire ailleurs. Mais visiblement non !! Tout le monde veut lire les mêmes merveilles du style. Alors je me suis posée des questions. Est-ce moi qui suis trop sensible ? est ce moi qui en est marre de lire partout les mêmes conneries ?

Pas le droit d'employer de formules grinçantes, éliminez tout terme négatif de votre vocabulaire, surtout pas d'humour, diable... La vie est belle, vos papiers chaleureux décrivent des ambiances tellement belles et merveilleuses. Exemple en date, un papier sur un hôtel résolument design ! Pff, pas plus design que le magasin Ikéa qui se trouve à peine à 10 minutes de chez moi !! L'accueil est forcément chaleureux et unique. Ben, si c'est vraiment ça l'accueil, je préfère encore aller dormir dans une prison ! Sur le dossier de presse, il est mentionné que même Starck a dessiné les lieux... Après renseignements, le designer a juste vendu quelques robinets à un prix hallucinant sans se préoccuper une seule seconde du lieu. Je me marre...

Rebelote avec les lieux que le journaliste ne visite pas mais qu'il a le droit de décrire avec une précision irréprochable. A partir de photos incroyablement retouchées via Photoshop. Oui, le journaliste a un fort pouvoir d'imagination. Et si cela n'est pas ce que le directeur veut lire, oups' le publicitaire, il faut juste recommencer le papier pour réécrire dans un style cosy, chaleureusement gourmand...

Sauf que cela devient identique dans tous les magazines. Des publi-reportages à longueur de pages qui ont éliminé le terme publi pour rendre davantage de noblesse et de prestige aux rédactions. Mais une question demeure : quel est l'intérêt pour le lecteur ? On me réponds alors : "le lecteur veut lire ca. Il veut rêver en lisant un papier sur un hôtel, même si l'hôtel n'est pas aussi génial qu'on le pense. " J'en doute. Je doute finalement de beaucoup de choses, de ce que j'ai appris en choisissant mon métier, des libertés qui vont avec et de leur importance.

Je m'en vais reprendre le papier où on me reproche un ton pas suffisamment chaleureux pour un endroit dont je n'ai jamais foulé le merveilleux sentier qui mène à ce château, que je décris pourtant avec une incroyable précision. Je m'en vais réécrire ce papier pour lui donner un nouveau souffle, même si le cœur n'y est pas forcément...

14 commentaires:

  1. Chère consoeur, je ne vous saurai trop que de vous conseiller de tenir bon, de continuer à écrire selon votre style, votre plume, vos envies.

    Si la hiérarchie décide de nous brimer la plume pour des aspects budgétaires, tenez-bon: vous avez encore cette force de protester. En silence certes, mais la foi, votre foi reste intacte. Bravo!

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  2. un journal digne de ce nom doit respecter ceci:

    La relation entre les trois domaines information / animation / publicité doit absolument éviter le mélange des genres.

    La qualité et la crédibilité sont prioritaires.

    La publicité est aménagée selon les mêmes exigences : elle n’empiète ni sur l’information, ni sur les informations de service, et vice/versa.

    Si tu penses que ce n'est pas le cas de ton support, tu peux démissionner en invoquant la CLAUSE DE CONSCIENCE
    (= quand la ligne du journal n'est plus en accord avec tes idées personnelles).

    http://www.snj.cgt.fr/juridique/clause_csce.html

    bon courage !

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  3. Vous avez tout dit. Et fort bien de surcroît.

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  4. Eh oui, on est là plus dans de la communication que dans du journalisme. Malheureusement, il faut parfois en passer par là. Et dans toute publication, nous devons, de toute manière, ménager les annonceurs, y compris les annonceurs potentiels. Pas vraiment le choix, ce sont eux qui nous font vivre, même si cela est très frustrant.
    Vous êtes pigiste ? Alors profitez de vos autres collaborations pour vous faire plaisir et vous lâcher si on vous en donne la possibilité.

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  5. Protester en silence moui... Il me semble que le problème se situe au-delà des aspects budgétaires. Pour ma part, j'ai quitté la presse grand public écoeurée... en tant que rédactrice, mais aussi en tant que lectrice (soyons cohérent).

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  6. "...on me reproche un ton pas suffisamment chaleureux pour un endroit dont je n'ai jamais foulé le merveilleux sentier qui mène à ce château, que je décris pourtant avec une incroyable précision..."

    Je commencerais, pour ma part, à ne pas écrire sur un sujet à partir du seul communiqué de presse. Ce type d'exercice tient plus de la communication que du journalisme. Non ? ;-))

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  7. Merci pour ses propos ! Je commençais à croire que toute la profession en avait perdu de son charme et de ses tripes. Personnellement je n'en peux plus de ces non-dits, du "tout le monde il est beau", de ces rédacteurs qui ont perdu l'envie d'écrire ce qu'ils ressentait au profit de la norme. Je suis lectrice et je veux lire des personnalités ! Persévérez et surtout ne changez pas ce que vous êtes !

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  8. Ecrire du vent, c'est essentiel dans un monde normé à la recherche constante de nouveaux cadres sécurisant du rien.
    C'est ce que l'on demande en priorité aux gens de plume, qu'ils soient journalistes, rédacteurs de la com., pigistes...tout le monde et toute l'info dans le même sac, et si possible, charté le sac, charté !
    Que rien ne déborde. Pas de vagues, pas de réflexion.
    Cela s'appelle comment à votre avis ?
    Un peu de courage que diable !
    Que journalistes et rédacteurs fassent entendre leurs voix ailleurs que dans la boîte en plastique : dans la rue !

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  9. " Est-ce moi qui suis trop sensible ? est ce moi qui en ai marre de lire partout les mêmes conneries ? "

    Non vous êtes journaliste. On vous demande de faire de la pub alors c'est normal que ça vous fasse tiquer.

    Continuez à protester et investissez vous plus dans des publications qui ont vraiment le souci de l'information.

    Bon courage !

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  10. Super, la clause de conscience ! Ce n'est applicable qu'aux journalistes ? Dommage.
    C'est une économie de marché, autrement dit, "il faut bien que tout le monde mange".
    Manger quoi ? C'est une autre histoire, dont le "grand public" peut être l'acteur ou la victime.
    Perso, lorsque le comportement de mon employeur a dépassé ce que je pouvais accepter, j'ai donné ma dém, sans indemnités. Pour moi, c'est cool, ça ne finira pas dans la rue (humour!), mais au tribunal.
    Je vais quand même chausser mes brodequins, au cas où. A+ ...

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  11. D'autres sont passer par là (situation/lieu)...rien d'étonnant, juste navrant...

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  12. Quand on est pigiste, on a la liberté de choisir ses sujets, n'est-ce pas? Alors si vous en avez assez de mouliner des communiqués de presse, cessez et faites votre métier, bon sang de bois! A l'école, on vous a probablement appris à chercher les informations…

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  13. Chère Stéphanie,

    Oui, évidemment on choisit ses sujets dans le plus beau des mondes. Très certainement dans un monde où je ne vis pas souvent malheureusement. Je ne rêve que de cela. Mais la bataille pour placer un sujet un tant soit peu original ressemble à une jungle bien épaisse. Vivre aujourd'hui en freelance quand on habite en Province limite obligatoirement la précieuse liberté de choix dont vous parlez.
    Bref si vous connaissez l'adresse ou rien que la direction vers la monde dont vous me parlez où j'aurai la liberté de choisir mes sujets, indiquez moi là de suite ! Sachez également que j'ai aussi un loyer à payer, de la nourriture pour faire manger ma petite famille, des fringues pour être présentable... Et la liberté dont vous me parlez ne m'offre pas ces luxes insignifiants pour vous très certainement mais dont j'ai tout simplement besoin.
    Donc si je pouvais parler de vrais sujets qui dérangent, si j'avais suffisamment les moyens pour me permettre de créer une publication où la liberté existerait réellement, je resterai malgré tout dépendante des annonceurs.
    Cela dit, les leçons de morale sont toujours bonnes à prendre...

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  14. Bonjour Christel,
    Ce matin, j'ai lu cela, sur le barattage de communiqués de presse.
    http://www.themediatrend.com/wordpress/?p=4064
    Et puis, vous verrez même que cette lecture m'a fait réagir.
    Et plus tard, je me suis souvenue que je vous avais laissé ce commentaire. Voilà, à bientôt…

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